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Circuits courts

Manger local coûte plus cher que le supermarché ? Ce que disent vraiment les chiffres

« Le local, c'est bien, mais c'est trop cher. » L'idée est tenace, et beaucoup de producteurs l'entendent sur les marchés ou à la porte de leur magasin. Les enquêtes nationales sur les fruits et légumes de saison disent pourtant l'inverse : en circuit court, le panier est au même prix, voire moins cher. Voici les chiffres, leurs limites, et ce qu'un producteur peut en faire.

Publié le 12 octobre 2026 · 7 min de lecture · Par Arthur Duvin, consultant en diversification agricole
Étal de légumes de saison chez un producteur, carottes, poireaux et chou vendus en circuit court
L'essentiel
  • Selon l'enquête nationale de l'UFC-Que Choisir publiée en juillet 2024, un panier de 28 fruits et légumes de saison d'origine France coûte 104 € par mois en circuit court contre 110 € en grande surface, soit 6 % de moins.
  • En bio, l'écart atteint 13 % en faveur du circuit court : 127 € contre 144 €.
  • Tous les produits ne suivent pas : clémentine, chou blanc, poireau et brocoli étaient moins chers en grande surface.
  • Sur 100 € de dépenses alimentaires, l'agriculture française crée 6,8 € de valeur et le commerce 17,6 € (Observatoire des prix et des marges, évaluation 2020) : en vendant en direct, le producteur reprend une partie de cette valeur.

Ce que mesurent les enquêtes nationales

La comparaison la plus large disponible en France est celle de l'UFC-Que Choisir. Fin 2023, entre le 25 novembre et le 9 décembre, ses enquêteurs ont relevé les prix de 28 fruits et légumes de saison d'origine France dans 371 points de vente en circuit court répartis dans 60 départements, et sur les sites de plus de 4 500 drives de huit enseignes de la grande distribution.

Dépense mensuelle moyenneCircuit courtGrande surfaceÉcart
Fruits et légumes conventionnels104 €110 €6 % moins cher en circuit court
Fruits et légumes bio127 €144 €13 % moins cher en circuit court

Source : UFC-Que Choisir, enquête publiée le 3 juillet 2024.

La même enquête observe que sur un an, le panier conventionnel a augmenté de 4 % en circuit court, alors que les prix alimentaires dans leur ensemble ont progressé d'environ 10 %. Une enquête précédente de l'association, publiée en mars 2023, aboutissait déjà au même constat : un panier de 17 fruits et légumes conventionnels coûtait 38 € dans les deux circuits, et le panier bio était moins cher en circuit court.

À lire avec prudence. Ces enquêtes portent sur des fruits et légumes de saison et d'origine France, comparés aux prix en ligne des drives. Elles ne disent rien des produits hors saison, de la viande ni des produits transformés. Elles montrent en revanche qu'à produit comparable, l'idée d'un local systématiquement plus cher ne tient pas.
Rayon de légumes frais en grande surface, comparé aux prix des circuits courts

Pas vrai pour tous les produits

Le résultat global cache des écarts selon les produits. Dans l'enquête de 2024 :

  • Plus chers en grande surface : ail sec, navet, endive, échalote, fenouil, chou-fleur, épinard et salades.
  • Moins chers en grande surface : clémentine, chou blanc, poireau et brocoli.
  • Quasiment au même prix (écart de moins de 5 %) : champignon de Paris, noix, carotte lavée, butternut, patate douce et potimarron.

Autrement dit, un client qui compare un seul produit peut trouver le supermarché moins cher, alors que son panier complet lui revient moins cher chez le producteur.

Pourquoi le local peut être compétitif : où va l'euro alimentaire

L'Observatoire de la formation des prix et des marges (FranceAgriMer) décompose ce que deviennent 100 € de dépenses alimentaires, restauration comprise. Pour 2020, dernière évaluation publiée :

Sur 100 € de dépenses alimentairesPart
Importations (aliments et intrants)26,5 €
Commerce17,6 €
Services14,4 €
Industries agroalimentaires11 €
Taxes10,7 €
Restauration9,8 €
Agriculture française6,8 €
Autres industries3,2 €

Source : Observatoire de la formation des prix et des marges, « L'euro alimentaire », évaluation pour 2020 (valeur ajoutée créée par chaque branche, importations et taxes).

L'agriculture française ne crée que 6,8 € de valeur sur ces 100 €, quand le commerce en crée 17,6 € et les services 14,4 €. En vendant directement, ou avec un seul intermédiaire, le producteur reprend une partie du travail et de la valeur des maillons suivants : stockage, transport, mise en rayon, vente. C'est ce qui lui permet à la fois d'être mieux rémunéré et de proposer un prix proche de celui de la grande distribution.

D'où vient l'impression que le local est plus cher

On ne compare pas le même produit

Le réflexe est de comparer le prix du producteur avec le premier prix du supermarché, souvent importé, d'une autre variété ou d'un autre calibre. Les enquêtes citées comparent au contraire des produits de saison d'origine France : c'est là que les prix se rejoignent.

Le ticket est plus élevé, pas le prix

Au marché ou au magasin de producteurs, on achète souvent les légumes de la semaine en une fois. Le montant payé paraît élevé, alors que le prix au kilo, lui, est comparable.

Les produits transformés et la viande ne suivent pas la même logique

Pour un produit transformé à la ferme ou de la viande en colis, les petits volumes, le temps de travail et l'atelier pèsent davantage dans le prix. Aucune enquête nationale comparable à celle des fruits et légumes n'existe sur ces produits : la comparaison doit alors porter sur un produit de qualité équivalente (race, mode d'élevage, recette, signe de qualité), pas sur le premier prix.

Le hors saison fausse tout

Un producteur local ne vend que ce qu'il produit, à la saison où il le produit. Chercher des tomates locales en hiver, c'est comparer avec une production sous serre chauffée ou importée : le local n'est pas en cause, c'est la saison.

Producteurs : comment répondre à l'objection du prix

En 2020, 23 % des exploitations de France métropolitaine vendaient au moins un produit en circuit court, directement ou avec un seul intermédiaire (recensement agricole, chiffre repris par l'Insee). Pour toutes ces fermes, l'argument du prix se travaille :

1
Connaître son coût de revient
Un prix se construit à partir de ses propres coûts (matières, emballages, temps de travail, atelier), pas en s'alignant sur la grande surface. C'est la base pour savoir jusqu'où on peut aller.
2
Relever les prix de son secteur
Quelques relevés réguliers des prix de la grande distribution locale, sur des produits comparables (origine France, de saison), donnent des arguments concrets face à un client.
3
Afficher le prix au kilo
Comme en magasin, le prix au kilo permet la comparaison et désamorce l'effet « gros ticket ».
4
Expliquer ce que le client paie
Fraîcheur, variété choisie pour le goût, récolte du jour, conservation plus longue : ce qui justifie l'écart quand il existe.
5
Proposer des formules
Panier ou abonnement, colis, prix dégressif sur les volumes : des formules qui rassurent sur le budget et régularisent les ventes.

Pour un projet de vente directe ou de magasin à la ferme, l'étude de marché et le prévisionnel permettent de vérifier que les prix envisagés couvrent les coûts tout en restant dans la fourchette locale. C'est ce que MonPetitLabo réalise avec les prix relevés et les données officielles de votre territoire.

Questions fréquentes

Les fruits et légumes en circuit court sont-ils plus chers qu'en supermarché ?

Non, pour les produits de saison d'origine France. L'enquête nationale de l'UFC-Que Choisir (relevés fin 2023, publiés en juillet 2024) trouve un panier conventionnel 6 % moins cher en circuit court (104 € contre 110 € par mois) et un panier bio 13 % moins cher (127 € contre 144 €).

Le bio est-il moins cher chez le producteur ?

Dans les enquêtes de l'UFC-Que Choisir, oui : l'écart en faveur du circuit court est plus marqué en bio qu'en conventionnel, 13 % sur le panier relevé fin 2023.

Quelle part du prix revient à l'agriculteur ?

Sur 100 € de dépenses alimentaires, restauration comprise, l'agriculture française crée 6,8 € de valeur ajoutée, contre 17,6 € pour le commerce et 11 € pour les industries agroalimentaires (Observatoire de la formation des prix et des marges, évaluation pour 2020).

Pourquoi a-t-on l'impression que le local est plus cher ?

Parce qu'on compare souvent avec un premier prix importé ou d'une autre qualité, que l'on achète en une fois les produits de la semaine, ou que l'on cherche des produits hors saison. À produit de saison et d'origine comparables, les prix se rejoignent.

Sources

Chiffres vérifiés le 12 octobre 2026 sur les publications d'origine.

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