MonPetitLaboDiagnostic gratuit
Réglementation

Remise directe, dérogation ou agrément sanitaire : quel statut pour vos produits ?

Trois statuts encadrent la vente de produits d'origine animale transformés à la ferme. Ce que chacun permet, ses avantages, ses limites, et comment passer de l'un à l'autre au fil du projet.

28 septembre 2026 · 8 min de lecture · Par Arthur Duvin, consultant en diversification agricole
Fabrication artisanale de fromages fermiers, produits concernés par la remise directe ou l'agrément sanitaire

Fromages, yaourts, charcuterie, viande en colis, plats cuisinés : dès que vous transformez ou vendez des produits d'origine animale, la question du statut sanitaire se pose. Il ne dépend pas de la taille de l'exploitation, mais surtout de la personne à qui vous vendez : le consommateur final, ou un autre professionnel.

À retenir d'emblée
  • Vous vendez au consommateur final : remise directe.
  • Vous vendez aussi un peu à des restaurants, cantines ou commerces proches : dérogation à l'agrément.
  • Vous vendez en volume à des professionnels, à la grande distribution ou loin : agrément sanitaire.

Ces statuts concernent les produits d'origine animale. Les produits uniquement végétaux (confitures, jus, légumes transformés) ne relèvent pas de l'agrément : une déclaration d'activité suffit.

1. La remise directe : vendre au consommateur final

La réglementation définit la remise directe comme toute cession d'un produit à un consommateur final qui le destine à sa propre consommation, en dehors de la restauration collective (arrêté du 21 décembre 2009). Concrètement : vente à la ferme, marchés, foires, vente itinérante, colis ou paniers précommandés, vente par correspondance, et magasins de producteurs où les producteurs assurent eux-mêmes la vente à tour de rôle.

Démarche : une déclaration d'activité auprès des services vétérinaires de votre département (DDPP ou DDETSPP), avec le formulaire Cerfa n° 13984, avant de commencer. Vous appliquez les règles d'hygiène générales et un plan de maîtrise sanitaire adapté à votre activité, sans dossier d'agrément.

Points positifs
  • Démarche simple : une déclaration, pas de dossier d'agrément
  • Pas de limite de volume ni de distance tant que vous vendez au consommateur final
  • Vous gardez toute la marge de la vente directe
Limites
  • Impossible de vendre à un restaurant, une cantine ou une épicerie
  • Du temps de vente à prévoir (marchés, permanences, livraisons)
  • Débouchés limités à votre propre clientèle
Plateau de fromages fermiers sur une planche en bois, prêts pour la vente en remise directe

2. La dérogation à l'agrément : un premier pas vers les professionnels

La dérogation permet de fournir, sans agrément, des restaurants, des cantines et des artisans des métiers de bouche, à condition que cette activité reste marginale et locale (arrêté du 8 juin 2006 modifié, précisé par l'instruction technique DGAL/SDSSA/2019-728).

Les conditions principales :

  • Distance : les établissements livrés doivent se situer à 80 km au plus, à vol d'oiseau. Ce rayon est porté à 200 km dans certaines zones rurales définies par la réglementation.
  • Quantités : les quantités cédées chaque semaine sont plafonnées par catégorie de produits, avec un plafond plus bas lorsqu'elles dépassent 30 % de votre production. Par exemple, pour la viande fraîche : 800 kg par semaine au plus lorsque la part cédée reste sous 30 % de la production, 250 kg au-delà. Pour les produits laitiers : 250 kg, ou 100 kg au-delà de 30 %.
  • Produits exclus : les viandes hachées ne peuvent pas être cédées sous dérogation.
  • Revente : le professionnel qui vous achète ne peut revendre ces produits qu'au consommateur final.

Démarche : une demande de dérogation auprès de la DDPP ou de la DDETSPP (formulaire Cerfa n° 13982, également disponible sur mesdemarches.agriculture.gouv.fr), qui précise les produits, les quantités hebdomadaires et la liste des établissements livrés. Elle est à mettre à jour à chaque changement.

Points positifs
  • Accès aux restaurants, cantines et commerces de proximité sans dossier d'agrément
  • Permet de tester des débouchés professionnels avant d'investir davantage
  • Valorise la production locale auprès des acheteurs du territoire
Limites
  • Volumes plafonnés chaque semaine et distance limitée
  • Suivi des quantités cédées et mise à jour de la liste des clients
  • Pas de grande distribution, pas de grossiste, pas de viande hachée

3. L'agrément sanitaire : tous les circuits de vente

Au-delà des limites de la dérogation, la vente de produits d'origine animale à d'autres professionnels demande l'agrément sanitaire de l'atelier. C'est le cas pour la grande et moyenne distribution, les grossistes, les commerces éloignés ou des volumes importants.

Démarche : un dossier de demande d'agrément (formulaire Cerfa n° 13983) déposé auprès de la DDPP ou de la DDETSPP, avec les plans de l'atelier, la description des activités et un plan de maîtrise sanitaire complet (bonnes pratiques d'hygiène, analyse des dangers selon la méthode HACCP, traçabilité, gestion des non-conformités). Les services vétérinaires visitent l'atelier : un agrément conditionnel peut d'abord être accordé, puis confirmé par un agrément définitif. Vos produits portent alors la marque d'identification ovale avec le numéro d'agrément de l'atelier. Des dossiers types existent pour les ateliers laitiers fermiers, les charcutiers-traiteurs et les crémiers-fromagers.

Points positifs
  • Tous les circuits de vente ouverts, y compris la grande distribution et les autres pays de l'Union européenne
  • Aucun plafond de volume ni de distance
  • Un gage de sérieux reconnu par les acheteurs professionnels
Limites
  • Dossier plus lourd et plan de maîtrise sanitaire complet à tenir
  • Exigences plus fortes sur les locaux et les équipements
  • Délai d'instruction et visites de contrôle à prévoir dans le calendrier

4. Un parcours qui peut être progressif

Ces statuts ne s'excluent pas et ne sont pas figés. Beaucoup de projets avancent par étapes, au rythme des débouchés :

1
Démarrer en remise directe
Vous lancez vos produits auprès de votre clientèle (ferme, marchés, colis), vous ajustez recettes, prix et organisation.
2
Ouvrir quelques clients professionnels sous dérogation
Un restaurant, une cantine, une épicerie du territoire : vous testez ces débouchés dans les limites de volume et de distance.
3
Passer à l'agrément quand les volumes le justifient
Lorsque la demande professionnelle dépasse les plafonds, ou pour accéder à la grande distribution, vous demandez l'agrément.
Le point clé : si l'agrément est envisageable à terme, concevez l'atelier dès le départ pour qu'il puisse l'obtenir (marche en avant, séparation des zones, matériaux lessivables). Reprendre un atelier construit au minimum coûte souvent plus cher que de l'anticiper. Présentez vos plans aux services vétérinaires avant les travaux : c'est le meilleur moment pour éviter les mauvaises surprises.

5. Comment choisir ?

Trois questions suffisent le plus souvent :

  • À qui voulez-vous vendre, aujourd'hui et dans trois ans ? Consommateurs seulement, quelques professionnels proches, ou la grande distribution.
  • Quels volumes ? Comparez vos ventes prévues aux professionnels avec les plafonds hebdomadaires de la dérogation.
  • Quels produits ? Si vous voulez vendre de la viande hachée à des professionnels, seule la voie de l'agrément est ouverte.

Dans tous les cas, contactez tôt la DDPP ou la DDETSPP de votre département : les conditions précises (quantités, zones, dossier attendu) s'apprécient au cas par cas, et un échange en amont fait gagner beaucoup de sérénité.

Questions fréquentes

Faut-il un agrément sanitaire pour vendre ses fromages ou sa viande à la ferme ?

Non. La vente au consommateur final relève de la remise directe : une déclaration d'activité auprès de la DDPP ou de la DDETSPP (Cerfa n° 13984) suffit, sans limite de volume ni de distance.

Peut-on vendre à un restaurant sans agrément sanitaire ?

Oui, sous dérogation à l'agrément (Cerfa n° 13982) : établissements livrés à 80 km au plus (200 km dans certaines zones rurales), quantités hebdomadaires plafonnées par catégorie de produits, viande hachée exclue.

Quand l'agrément sanitaire devient-il obligatoire ?

Pour vendre des produits d'origine animale à des professionnels au-delà des limites de la dérogation : grande distribution, grossistes, commerces éloignés ou volumes importants. La demande se fait avec le Cerfa n° 13983.

Les confitures et autres produits végétaux ont-ils besoin d'un agrément sanitaire ?

Non. Les produits uniquement végétaux ne relèvent pas de l'agrément sanitaire.

Sources officielles

Les démarches de votre projet, au même endroit
Avec votre conseiller, MonPetitLabo liste les démarches de votre projet : organisme, formulaire et lien officiel.
Faire le diagnostic gratuit
Retour au blog

À lire aussi

Opérateurs en blouse et gants manipulant des fruits séchés, bonnes pratiques d'hygiène HACCP
RéglementationHACCP à la ferme : formation, plan et enregistrements, ce qui est vraiment obligatoireLire l'article
Vue aérienne d'une centrale photovoltaïque au milieu de parcelles agricoles, projet d'agrivoltaïsme
RéglementationAgrivoltaïsme : ce que dit le décret et ce qu'il faut vérifier avant de signerLire l'article
Cuisine professionnelle en inox, aménagée pour l'agrément sanitaire et le respect du plan HACCP
RéglementationAgrément sanitaire DDPP et plan HACCP pour votre atelierLire l'article
Diagnostic gratuit de mon projet →